Symposium du Dragon — I

Symposium du Dragon — I

Art Quam Anima

April 14, 2026

Une soirée, une question : à quoi sert l'art ? Philosophie, piano et poésie au 28 rue du Dragon.

Le soir du 14 avril 2026, Art Quam Anima a ouvert sa galerie-atelier du 28 rue du Dragon, au cœur de Saint-Germain-des-Prés, au premier Symposium du Dragon : une soirée de conversation, de musique et de lectures, au milieu des toiles accrochées aux murs. Artistes, poètes, une ancienne conservatrice de musée et des étudiants de l'École Penninghen se sont réunis autour d'une question qui paraît simple et ne l'est jamais : à quoi sert l'art ? La soirée s'est ouverte sur une question d'identité, posée par l'artiste et poète Caroline Lopez : pourquoi se définir par rapport à ce qu'on n'est pas ? La conversation a vite basculé vers l'héritage. L'empreinte parentale, a conclu le groupe, n'est pas un obstacle à contourner : elle est constitutive. On ne crée pas depuis nulle part. Arnaud Quercy a évoqué un disque mis par son père un soir, sans intention particulière : My Old Flame de Charlie Parker, puis Salt Peanuts de Dizzy Gillespie. Rejoués ce soir-là pour le groupe, les deux morceaux sont devenus le souvenir partagé d'une émission originale.

Le cœur philosophique de la soirée a fait entrer Kant et Adorno dans la pièce. Axel a introduit la « finalité sans fin » kantienne : le beau plaît universellement et sans concept, d'un plaisir désintéressé, distinct du désir de possession, de l'utilité, de l'agréable sensible comme du bien moral. Adrien a prolongé avec Theodor W. Adorno, philosophe et musicologue de l'École de Francfort, en soulignant que les deux penseurs n'empruntent pas le même chemin : l'un part de la structure pure du jugement esthétique, l'autre d'une critique dialectique de l'industrie culturelle qui transforme tout en marchandise consommable. Mais les deux convergent : l'art est irréductible à toute fonction. Arnaud s'est alors mis au piano et a joué deux accords majeurs séparément, do majeur puis do dièse majeur, en arpège, chacun beau et accompli. Superposés, ils se sont effondrés en dissonance totale. Le sens n'est pas dans les éléments, a-t-il montré, mais dans leur relation, et dans l'oreille qui les reçoit : un écho direct au principe idéamorphique au cœur de sa pratique.

Lise, ancienne conservatrice de musée, a ensuite lu une lettre de Vassily Kandinsky à Lily Klee datée du 7 décembre 1925, écrite au Bauhaus pour la remercier du cadeau d'une polenta. Sous la plume de Kandinsky, le remerciement devient un texte sur la perception sensorielle totale : l'œil, le nez, le palais, les doigts et l'oreille sont tour à tour convoqués par un seul plat, dont le jaune porte les tonalités médianes de la flûte. Lue dans une galerie entourée de peintures, la lettre a résonné sans que personne ait besoin de le souligner. Caroline Lopez a présenté ses livres d'artiste entièrement faits main, aquarelles et poèmes publiés aux Éditions Signum, chaque exemplaire unique, et en a lu Trottoir, Erreur, Comme tant d'autres, Il, Derrière, Traces et Silence. Zineb a lu pour la première fois en public des extraits de son recueil Demain Dimanche, tirés des chapitres Zaqqum et Moments. Ces lectures ont fait passer la soirée de la théorie sur l'art à l'art lui-même, en acte : une poétique de ce qui reste, de ce qui manque, de ce qui ne se dit pas, à la fois personnelle, drôle et bouleversante.

De là, le consensus s'est reconstruit : l'art n'a pas d'utilité assignable. Dès qu'on tente de le réduire à une fonction, il déborde, et c'est précisément parce qu'il échappe au calcul et à la saturation marchande du monde qu'il atteint ce que rien d'autre n'atteint : l'émotion pure, irréductible. Irréductible est devenu le mot de la soirée. La réponse la plus forte est venue sans un mot de théorie. Lise a montré des photographies d'une robe peinte de Sonia Delaunay, réalisée à l'atelier en 1926-27 en résonance avec les rythmes de Robert Delaunay, restée pliée pendant des décennies et jamais portée, jusqu'en 2019, quand Lise l'a fait danser par Maroussia Vossen au Musée d'Art Moderne de Paris, sur des rythmes de jazz puis une berceuse russe en hommage à Ossip Zadkine. Une œuvre en attente, dont l'émission n'a lieu que lorsque le bon corps, le bon espace et le bon son sont réunis. Le symposium s'est refermé comme il s'était ouvert, par un tour de table sur l'identité : qui serions-nous en dehors de ce que nous faisons ? Une voyageuse, un marin, une architecte, un amoureux, et l'amitié, encore et encore. Trois heures plus tard, la réponse collective à la question de Caroline : une définition ni par l'art, ni par les parents, mais par le désir et par l'être.

Artist Statement

Le Symposium du Dragon a été pensé comme la mise à l'épreuve, en direct, d'une hypothèse jamais annoncée : l'art sert à produire et à recevoir des émotions. Nous n'avons pas cherché à la démontrer. Nous avons réuni des personnes autour de la musique, de la poésie, de la peinture et de la philosophie, et laissé la soirée faire son œuvre.

Deux accords, parfaits chacun pour soi, deviennent dissonants une fois superposés. Une lettre sur un plat de polenta devient un traité de synesthésie. Une robe pliée pendant des décennies attend le corps qui la portera enfin. Ce que ces moments ont en commun, c'est que le sens n'a jamais résidé dans l'objet seul. Il est né de la relation, entre les éléments, et entre l'œuvre et celui qui la reçoit.

L'art ne se justifie pas. Il attend. Et pendant ce temps, il nous révèle.

Logistics

Le premier Symposium du Dragon s'est tenu le soir du mardi 14 avril 2026 chez Art Quam Anima, la galerie-atelier d'Arnaud Quercy au 28 rue du Dragon, dans le 6e arrondissement de Paris, à Saint-Germain-des-Prés. La soirée a mêlé discussion ouverte, piano en direct et lectures de poésie et de correspondance, au milieu des œuvres exposées dans la galerie.

Le symposium est conçu comme un format récurrent réunissant artistes, écrivains, étudiants et professionnels de l'art. Pour toute information sur les prochaines éditions, une visite de la galerie ou les œuvres et publications présentées ce soir-là, merci de contacter directement Art Quam Anima à la galerie.

Arnaud Quercy
Arnaud Quercy

Arnaud Quercy est un artiste parisien dont la pratique traverse la peinture, la musique et la sculpture. Son travail est ancré dans l'Idéamorphisme — le principe selon lequel une œuvre d'art ne porte pas de sens, mais le déclenche. Chaque pièce est conçue pour diffracter différemment à travers chaque personne qui la rencontre.

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Textes © Art Quam Anima, tous droits réservés. Œuvres reproduites : © Arnaud Quercy / ADAGP, Paris.