Fa# mineur série — 9 Peintures par Arnaud Quercy
Fa# mineur est une série de 9 peintures d’Arnaud Quercy, réalisées entre 2024 et 2025 — acrylique sur linen canvas, acrylique sur papier, acrylique sur toile et aquarelle sur papier. Les formats vont de 10×15 cm à 80×80 cm. 2 œuvres sont conservées dans des collections privées (France, Torino, Italy). 6 restent disponibles à l’acquisition à Art Quam Anima, 28 rue du Dragon, Paris. Œuvres présentées lors de : Rencontres au Marché de la Création, Salon d'art contemporain – Metamorphose, Paris et Permanent Collection 2025 – Resonance in Form et 7 autres.
Fa# mineur occupe une place singulière dans le canon des tonalités mineures — ce n'est pas le deuil du Ré mineur, ni le drame du Do mineur, mais quelque chose de plus contenu, de plus intérieur. Trois dièses, une tonalité qui porte une arête de mélancolie agitée. Chopin l'entendait comme combative et ornée — sa Polonaise en Fa# mineur est dense, rythmiquement insistante, fière. Rachmaninov y est revenu. C'est une tonalité qui se retourne sur elle-même, qui garde sa chaleur près d'elle.
Par la chromesthésie, Fa# mineur se traduit en une palette inhabituelle : deux tons froids encadrant un seul ton chaud. La fondamentale, Fa#, se lit comme un vert sourd — froid, saturé, terreux dans le registre médian, se comprimant vers le noir dans les graves. La quinte, Do#, est bleu-vert : un bleu marin, légèrement froid, complémentaire de la fondamentale. Entre eux, la tierce, La, brûle en jaune-orangé chaud — la seule flamme dans une pièce verte. Le registre façonne chaque ton selon la règle habituelle : les notes graves s'assombrissent vers le quasi-noir et le noir, les notes aiguës se délavent vers l'argent et le quasi-blanc. Mais la température dominante de cet accord est froide. La chaleur du La est toujours minoritaire.
Arnaud Quercy explore Fa# mineur à travers neuf études en acrylique, aquarelle et huile — sur papier, sur toile de lin — peintes entre 2024 et 2025. Les formats vont d'études intimistes de 10×15 cm à une grande toile de 80×80 cm. Chaque étude est jouée Animé : le tempo reste actif, légèrement en avant, sans jamais s'installer dans l'immobilité méditative des tonalités plus lentes. La plupart sont jouées en mp, une variation reculant vers un p discret et une autre avançant jusqu'au mf — la plus forte de la série. Le contour dominant est le creux : la phrase plonge dans le grave avant de remonter, huit études sur neuf organisées autour de ce geste d'approfondissement. Cinq des neuf sont des valses à trois temps, le rythme de valse apparaissant à partir de la Variation 4 et dominant la seconde moitié de la série. La quinte de l'accord — Do# — est remarquablement discrète : elle n'apparaît que dans quatre études, laissant beaucoup de peintures au seul dialogue de la fondamentale et de la tierce.
Trois œuvres délimitent l'étendue de la série. La Variation 4 — la plus grande toile, 80×80 cm sur lin — porte la référence musicale la plus directe : la Polonaise de Chopin en Fa# mineur résonne dans sa valse ascendante à trois temps, six notes montant du quasi-noir vers un accent rouge-orangé au Sol5, ton étranger à l'accord, une couronne qui rayonne hors de l'harmonie. La description la qualifie de « Fa# mineur tel que Chopin aurait pu l'entendre — dense, contenu, le vert et l'or pressés l'un contre l'autre, tournant doucement à trois temps. » À l'extrême opposé, la Variation 6 est la plus dépouillée — quatre notes seulement, fondamentale, quinte et tierce écartées largement à travers le clavier en temps de valse, la toile inondée d'argent et de quasi-blanc, l'accord aminci jusqu'à l'air. Entre ces deux pôles, la Variation 3 — 50×70 cm sur toile de lin — est l'étude la plus équilibrée de la série : les trois tons de l'accord présents, ombre, ton moyen et clarté en équilibre visible, « le vert et l'or au repos. »
Sur la toile, Fa# mineur se présente comme une palette à dominante froide traversée d'or intermittent. La plupart des études bâtissent leurs surfaces inférieures sur des dégradés vert-gris — les fondamentales empilées s'assombrissant en registres successifs du vert sourd vers le quasi-noir. Le champ chaud du jaune-orangé, là où La apparaît dans le registre médian, ponctue chaque peinture comme un corridor lumineux unique, souvent centré, seule chaleur dans une tonalité froide. Là où la quinte apparaît, le bleu-vert occupe sa propre bande tranquille entre fondamentale et tierce. Les accents hors-accord — un violet, un bleu-violet, un rouge-orangé — visitent trois études, toujours brefs, toujours le contraste local le plus vif dans une palette par ailleurs froide et dorée. L'arc visuel de la série monte progressivement : les premières études sont basses et lourdes, le vert dense à la base ; les valses tardives soulèvent le registre et la température chromatique monte vers l'argent et l'or pâle.
Fa# mineur, à travers ces neuf études, enseigne une leçon précise sur l'harmonie froide : la chaleur est la plus puissante quand elle est rare. Le jaune-orangé du La brûle d'autant plus intensément qu'il est entouré de vert et de bleu-vert de toutes parts. La pratique de Quercy consistant à répéter le même accord à travers les variations rend cela visible par accumulation — on ne comprend pas à quel point la tierce est dorée avant de l'avoir vue pressée dans cinq peintures sombres et de l'avoir regardée tenir sa lumière. Les deux œuvres déjà en collections — l'une en France, l'autre à Turin — emportent cette chaleur intérieure avec elles. Le reste de la série attend, froid et précis, la pièce verte avec sa bougie encore allumée.
Arnaud Quercy est un artiste parisien dont la pratique traverse la peinture, la musique et la sculpture. Son travail est ancré dans l'Idéamorphisme — le principe selon lequel une œuvre d'art ne porte pas de sens, mais le déclenche. Chaque pièce est conçue pour diffracter différemment à travers chaque personne qui la rencontre.
Il crée et expose à Art Quam Anima, sa galerie-atelier au 28 rue du Dragon, Saint-Germain-des-Prés, Paris.
Œuvres — Fa# mineur
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